Auteur de Racines Vietnam
Nguyễn Hùng
Franco-Vietnamien adopté. Il vit à Hô Chi Minh-Ville et écrit, à partir de sa propre recherche, sur l’adoption, les origines, la mémoire et le Vietnam.
Le nom que je choisis
Je signe Racines Vietnam sous le nom de Nguyễn Hùng.
Ce n’est pas un personnage créé pour ce site. C’est une partie de mon identité que je choisis aujourd’hui de rendre visible.
Pendant longtemps, mon histoire française et mon histoire vietnamienne ont semblé appartenir à deux mondes différents. Aujourd’hui, je ne veux plus choisir entre eux.
Je suis français. Je suis vietnamien. Racines Vietnam existe précisément dans cet espace entre les deux.
Ce que disent les documents
Je suis né au Vietnam et j’ai été adopté très jeune par un couple qui vivait alors à Paris. Mon adoption est devenue une adoption plénière en France. Mon état civil a été modifié. Mon nom a changé. Je suis devenu français.
Sur le papier, cela forme une chronologie. Une naissance. Une adoption. Une arrivée en France. Un nouvel état civil. Une nouvelle famille.
Mais une chronologie administrative n’est pas une histoire humaine complète. Un dossier peut contenir des dates, des signatures, des noms, des jugements et des tampons. Il ne dit pas pourquoi un enfant a été séparé de sa famille. Il ne dit pas ce que sa mère vivait à ce moment-là.
C’est l’une des choses les plus importantes que ma recherche m’a apprises : avoir un dossier ne signifie pas connaître son histoire.
Je préfère laisser certaines questions ouvertes plutôt que de remplir les silences avec des certitudes que je ne possède pas.
Quand la recherche a commencé
Il n’y a pas de date précise. La recherche commence longtemps avant qu’on ouvre un dossier.
Elle commence par de petites questions. Pourquoi ai-je été adopté ? À quoi ressemblait ma mère ? D’où vient mon nom ? Qu’est-ce qui s’est réellement passé ?
Pendant longtemps, ces questions restent silencieuses. On construit sa vie. On avance.
En 2020, j’ai quitté la France. J’ai vécu un temps à Bangkok, puis je me suis rapproché du Vietnam, puis j’y suis revenu. La distance entre moi et mon pays de naissance a commencé à disparaître.
Ce qui restait abstrait depuis la France devenait réel. Des villes existaient derrière les noms écrits sur les documents. Des personnes pouvaient peut-être encore être retrouvées.
À un moment, je n’ai plus voulu seulement connaître ce qu’on m’avait raconté. J’ai voulu comprendre ce que je pouvais réellement considérer comme vrai.
Pourquoi ce site existe
En cherchant pour moi, j’ai compris que beaucoup d’autres devaient recommencer exactement le même travail. Retrouver les mêmes organismes. Comprendre les mêmes documents. Chercher les mêmes archives. Se demander à quelles informations faire confiance. Et avancer souvent seuls.
J’aurais aimé trouver plus tôt un endroit où quelqu’un disait simplement : voilà ce que j’ai vécu, voilà ce que j’ai retrouvé, voilà comment j’ai cherché — et voilà aussi ce que je ne sais toujours pas.
J’aurais pu garder tout cela dans mes dossiers. Mais la personne suivante serait repartie de zéro.
Racines Vietnam est né de ma recherche. Je veux qu’il puisse servir à celles des autres.
Le retour
Je ne suis pas retourné au Vietnam pour le visiter. J’y suis revenu pour y vivre. Aujourd’hui, je vis à Hô Chi Minh-Ville.
J’y ai retrouvé ma mère biologique. J’ai retrouvé mon frère. Je cherche encore ma sœur.
Ces retrouvailles ont changé beaucoup de choses. Elles n’ont pas transformé mon histoire en récit résolu.
Revenir a rendu réel ce qui n’existait que dans quelques mots et quelques documents. Les noms sont devenus des lieux. Les lieux ont eu des visages, des sons, des odeurs.
Mais revenir ne signifie pas retrouver sa place. Retrouver une famille n’efface pas les années de séparation. Une réponse ne ferme pas toujours une question : parfois elle en ouvre d’autres.
J’ai dû accepter d’être vietnamien et de me sentir parfois étranger au Vietnam. D’être profondément français sans être né en France. D’être le fils de ma famille adoptive et de rechercher ma famille biologique, sans que l’une annule l’autre.
Le retour ne m’a pas donné une identité toute faite. Il m’a permis de comprendre que je n’étais plus obligé d’effacer une partie de mon histoire pour faire exister l’autre.
Ce que ce site ne sera pas
Racines Vietnam n’est pas un tribunal de l’adoption. Ni un site contre l’adoption. Ni un site chargé de la défendre.
Je n’explique à personne ce qu’il devrait ressentir. Certains vivent leur adoption paisiblement. D’autres portent des blessures profondes. Certains cherchent leur famille biologique, d’autres n’en ressentent jamais le besoin. Certains retrouvent leurs proches et vivent quelque chose de magnifique, d’autres découvrent des réalités très difficiles.
Toutes ces expériences doivent pouvoir exister ici.
Je ne transforme pas des histoires humaines en contenu sensationnel. Une histoire vraie n’a pas besoin d’être exagérée pour être importante.
Comment j’écris
Quand un fait est documenté, je dis d’où il vient.
Quand il s’agit de mon vécu, je dis que c’est mon vécu.
Quand quelque chose n’est qu’une hypothèse, je le présente comme une hypothèse.
Et quand je ne sais pas, je garde le droit d’écrire simplement : je ne sais pas.
Je suis aussi entrepreneur, en France et au Vietnam. Cela fait partie de mon parcours. Mais Racines Vietnam reste distinct de ces activités. Ce n’est ni une vitrine, ni une agence déguisée, ni un moyen de transformer mon histoire en produit.
Ce que vous pouvez trouver ici
Vous pouvez arriver ici avec presque rien. Un nom. Une date. Une province. Une photographie. Une photocopie difficile à lire. Le nom d’un orphelinat. Une adresse ancienne. Un souvenir. Ou seulement une question portée depuis des années.
Ce que je veux vous donner, c’est un point de départ. Pas une promesse de retrouvailles. Pas une méthode miracle.
Comment organiser une recherche. Comment lire certains documents. Quels organismes existent. Où chercher, à qui écrire, comment conserver ce qu’on découvre, comment croiser plusieurs informations, comment distinguer un fait, une hypothèse et un souvenir.
Et quelque chose de plus difficile à mettre dans un guide : le droit de ne pas savoir encore.
On raconte souvent la recherche des origines comme une enquête avec une révélation finale. On cherche, on trouve, tout est compris. La réalité n’est pas toujours ainsi.
Parfois on retrouve sa mère. Parfois un frère. Parfois personne. Parfois un document donne une réponse ; parfois il détruit une certitude vieille de vingt ans.
On peut aimer profondément sa famille adoptive et rechercher sa famille biologique. Revenir au Vietnam ne garantit pas de s’y sentir chez soi. Retrouver quelqu’un n’oblige à ressentir ce que personne n’attend de vous. Et ne pas chercher est aussi un choix légitime.
Je ne promets pas de fin heureuse. Je veux seulement que personne ne soit obligé de commencer complètement seul.
Ce que je ne sais toujours pas
J’ai des documents. J’ai des souvenirs. J’ai retrouvé ma mère biologique et mon frère. Je suis revenu vivre dans le pays où je suis né.
Et il reste des blancs.
Je cherche encore ma sœur. Je ne sais pas si je la retrouverai. Je ne sais pas si tout ce qui figure dans mes documents correspond à ce qui s’est réellement passé. Je ne sais pas ce qui a été décidé avant mon départ du Vietnam, ni pourquoi certaines décisions ont été prises. Je ne sais pas ce qui a été dit et jamais écrit. Je ne sais pas ce qui a été perdu.
Et certaines personnes qui possédaient peut-être les réponses ne pourront plus jamais les donner.
Longtemps, j’ai cru que chercher ses origines consistait à retrouver une histoire complète, comme un dossier fermé qu’il suffirait d’ouvrir. Je pense différemment aujourd’hui.
Certaines histoires ne reviennent que par fragments. Alors je rassemble ces fragments. Je vérifie ce qui peut l’être. Je documente ce que je retrouve. Je raconte ce que j’ai vécu. Et je laisse visibles les endroits où il manque encore quelque chose.
Parce que ces blancs font eux aussi partie de mon histoire.
Je ne cherche plus une histoire parfaite. Je veux savoir jusqu’où il est encore possible de savoir.
Nguyễn Hùng
